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jeudi 21 janvier 2010

Clé 56

Au cours de l'été 2009, le cinéaste Alexandre Hamel s'est vu confié la clé 56 de l'hôpital Louis-H. Lafontaine pendant huit semaines, lui donnant ainsi carte blanche à travers l'établissement. Pour ceux qui ne le savent pas, Louis-H. est un centre de soins psychiatriques affilié à l'Université de Montréal. Ancien asile psychiatrique, il a maintenant une vocation de soins et de recherche. Le Centre de recherche Fernand-Seguin regroupe donc les trois hôpitaux psychiatriques: Louis-H., l'Institut Philippe-Pinel de Montréal (qui se spécialise dans la psychiatrie légale), et l'Hôpital Rivière-des-Prairies (qui s'occupe de la pédopsychiatrie).

Bref, Alexandre Hamel s'est promené dans l'hôpital et a suivi quelques patients durant leur séjour à l'hôpital. Il s'est interrogé sur le système de soins, et il a essayé de démystifier certains aspects de la vie en hôpital psychiatrique. Des thèmes divers tels que la déficience intellectuelle, le consentement, la médication, la chambre d'isolement, et l'électroconvulsivothérapie sont abordés à travers son documentaire. Nous sommes très loin des films hollywoodiens qui donnent l'impression qu'on travaille constamment avec des Hannibal Lecter, et que l'hôpital est un endroit achi-violent et glauque. Je lève mon chapeau pour son travail qui dé-stigmatise la psychiatrie.

Donc, voici ses capsules que vous pouvez visionner à l'adresse suivante: http://www.cle56.com/

mardi 15 décembre 2009

10 groupes/artistes québécois marquants des années 2000

Nous sommes rendus à la fin de la première décennie du deuxième millénaire. Évidemment, les médias tous azimuts ne peuvent s’empêcher de faire des palmarès de tout ce qui a marqué les années 2000. Bande à part s’est aussi jointe de la partie. Pour ceux qui ne connaissent pas, Bande à part est un site web appartenant à la chaîne Radio-Canada faisant la promotion de la scène locale musicale. Pendant des années, c’était également une émission radio qui été diffusée à des heures pas possibles (lire ici minuit). D’ailleurs, Claude Rajotte (de feu « Le cimetière des CDs » sur Musique Plus) faisait ses critiques sur cette émission.

Donc, Bande à part demande actuellement aux internautes de votre pour les dix artistes/groupes francophones québécois les plus marquants des dix dernières années. Ainsi, sélectionner dix sur cinquante artistes, c’est plus difficile qu’on puisse le croire.

J’ai participé aux votes, et voici ce que j’en pense. Évidemment, les goûts sont discutables, et j’ai essayé quand même de réfléchir à la question pour arrêter mes choix surtout sur le côté « marquant » que pour mes goûts personnels. D'ailleurs, je ne crois pas avoir choisi les dix plus marquants, mais plus dix qui ont marqué...

Dans un ordre aléatoire :

Les cowboys fringants 

Je l’avoue, j’ai été un fan fini de ce groupe durant la première moitié des années 2000. Même si les derniers albums, je les ai trouvés plutôt médiocres, je ne peux pas cracher sur le début de leur œuvre. Quoi qu’en dise, je crois que le groupe a été un des initiateurs de la « québécitude » des années 2000. Après la défaite référendaire et la stagnation musicale des années 1990, les Cowboys ont permis à plusieurs jeunes cégépiens de l’époque à renouer avec les racines québécoises. Avec ça, le violon et le reel étaient rendus « in ». L’histoire du Québec et l’identité nationale avaient enfin une valeur. Les années à venir le diront, mais je crois que si nous parlons de musique québécoise, il est très difficile de passer à côté des Cowboys fringants.


Mononc Serge 

Ex-Coloc, ce personnage n’a pas la langue dans sa poche. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, il a su déranger plus d’un. Avec des sujets d’actualité, il nous a permis de rire du Canada et, même s’il est un indépendantiste fini, du Québec aussi. De plus, refaire ses chansons à la sauce métal avec Anonymus, c’est juste brillant. Également, en concert, c’est une bête de scène. Mononc Serge est marquant dans la mesure qu’il a su critiquer avec justesse la société nord-américaine des années 2000. Retracer son œuvre, c’est un voyage à travers la décennie.


Karkwa 

Le Coldplay ou le Radiohead québécois. Marquant pour les deux derniers albums (« Les tremblements s’immobilisent » et « Le volume du vent »). Musicalement, ça a permis de faire comprendre qu’au Québec, ça ne se résume pas au traditionnel, au discours nationaliste et aux chanteuses à voix sans contenu. Des textes bien ficelés, des mélodies accrocheuses, un jeu incroyable de son et de lumière en concert. C’est une bonne réplique envers tous ceux qui critiquent que rien de bon ne se fait dans le Québec francophone en termes de musique.


Malajube 

Je les ai choisis un peu pour la même raison que Karkwa. Il ne faut pas oublier que Malajube a mis le Québec sur la carte sur le plan international, et pas uniquement dans le monde francophone. Pitchfork Media a encensé le groupe. Des tournées à travers l’Europe (autre que la France et la Belgique) où ils ont connu un franc succès. Oui, c’est cacophonique à plusieurs moments, on ne comprend pas un seul mot chanté par Julien Mineau, il semble avoir quarante mélodies en même temps… mais c’est pour ça qu’on les aime. Dès qu’on accroche à Malajube, il est difficile de sortir de sa tête les airs de « Montréal -40 ».


Éric Goulet 

Que dire du chanteur des Chiens (feu « Possession Simple »), l’alter ego de Monsieur Mono, le réalisateur de plusieurs albums de Vincent Vallières et autres artistes de la décennie. Pour l’ensemble de son œuvre, on ne peut le renier. Combien d’artistes ont cité Éric Goulet et son album « La nuit dérobée » comme source d’inspiration. Du rock à l’état pur et simple. Les émotions à vif. Être un homme dans toute sa splendeur et sa laideur.


Mara Tremblay

Une artiste qui a su se renouveler sans se vendre. Depuis ses débuts avec l’album « Le chihuahua » jusqu’au tout récent « Tu m’intimides », Mara est restée intègre. Elle a dérangé avec son premier album avec des textes assez particuliers (« Le spaghetti à papa », « Le chihuahua », « Tout nue avec toi »). Elle fait également partie des artistes qui ont réintroduit le violon dans la musique québécoise, en la « dékitchisant ». Aussi, les chanteuses font rarement long feu au Québec (si on oublie notre Céline nationale ou la Dufresne). Plus de dix ans de carrière tout en sachant se renouveler, il faut le faire. Chapeau Mara !


Ghislain Poirier 

Un des premiers DJ qui a eu un franc succès sans tomber dans l’électro niais commercial CKOI. Un son qui s’écoute encore très bien 6-7 ans plus tard. Des sons recherchés, sans oublier ses soirées « Bounce le gros ». J’ai l’impression que depuis l’arrivée de Poirier, la scène électro est revenue en force, et les gens sont sortis du stéréotype de la techno répétitive sans intérêt. Sans Ghislain Poirier, est-ce qu’Omnikrom, Gatineau, Numéro# et autres groupes de ce genre auraient pu aussi bien percer?


Vulgaires machins 

Groupe punk engagé qui sait faire passer des messages. Combien de cégépiens et d’universitaires francophones ont entonné à un certain moment la chanson « Cocaïnomane »? Malgré les propos plutôt déprimants, la musique donne de l’énergie. Une évolution assez particulière aussi. Avec les albums des débuts « 24:48 » et « Regarde le monde », le punk québécois avait son son particulier. Oui, avec les derniers albums, ça sonne plus pop-punk, mais le côté subversif demeure. Je ne sais pas combien de gens ont eu des « révélations politiques et sociales » avec eux, mais je crois que pour certains Québécois, le groupe a été un élément marquant de leur jeunesse. Il faut aussi dire que Vulgaires machins demeurent l’un des groupes québécois faisant du punk ou du punk-rock ayant survécu après de toutes ces années; on pense ici à Capitaine Révolte, les Marmottes aplaties, etc.


Loco Locass 

Avec ce groupe, le rap et le hip-hop sont devenus au Québec un moyen de dénoncer la société et la politique québécoise et nord-américaine. Souverainistes engagés soucieux de la langue française, les Loco Locass ont su allier rythmes contagieux avec textes pertinents et bien ficelés. Et que dire de « Libérez-nous des libéraux », hymne des étudiants du printemps 2005… Juste pour cette chanson, ils méritent d’être dans le top 10 de la décennie de la musique québécoise.


Polémil Bazar 

Polémil Bazar n’a pas réellement laissé une trace permanente dans la culture québécoise; d'ailleurs, plusieurs ne savent même pas qu’ils ont existé. Or, ils représentent un courant qui a été très fort et qui a marqué pour un court laps de temps la scène locale québécoise, surtout au milieu de la décennie. Le côté manouche/tzigane, ou world beat, sur des thèmes sociaux d’actualité, ça a explosé pendant cette période. Pensons à la Chango Family, Oztara, etc. Rafraîchissant au départ, mais la sauce était un peu trop française finalement en termes de sonorité (je fais ici référence à des groupes comme les Têtes raides ou les Ogres de Barback). Les textes d’Hugo Fleury ainsi que la musique en soi font en sorte que Polémil Bazar était le meilleur représentant d’un courant qui n’aura finalement pas vu la fin de la décennie.



Il est difficile de faire le tri, car on est facilement tiraillé par nos goûts personnels. Toutefois, je crois avoir fait une sélection assez représentative des artistes/groupes québécois ayant marqué les années 2000. Et qu’en pensez-vous (Annie, Anne, Justine, Olivier et Marie-France, vous êtes obligés de répondre à ce message)?

vendredi 30 octobre 2009

Ras le bol

Ça fait cinq mois que j'ai quitté Montréal pour venir "faire de la recherche" à Paris. Actuellement, je suis convaincu que ce fut une grave erreur de ma part. L'hôpital La Pitié-Salpêtrière a eu une longue histoire intéressante pour ce qui est de la psychiatrie. Des grands noms tels que Philippe Pinel, Sigmund Freud, Joseph Babinksi, Jean-Martin Charcot et Jean-Étienne Esquirol ont soit étudié ou exercé dans cette institution. Au départ un petit arsenal pour fabriquer de la poudre (non blanche!), il fut converti au 17e siècle en hôpital.

Pour plusieurs auteurs, la psychiatrie moderne est née à la Salpêtrière. On s'attendrait donc que, pour un étudiant en sciences psychiatriques au 21e siècle, le milieu est stimulant et offre une opportunité de voir ce qu'il y a de plus innovateurs dans le domaine. Malheureusement, ce n'est pas ce que je vis actuellement. Pour avoir travaillé pendant quatre ans à l'hôpital Rivière-des-Prairies et au Centre de recherche Fernand-Seguin, j'ai pu voir comment au Québec, on était doué pour faire avancer les recherches en santé mentale. Les efforts sont mis de l'avant pour investiguer les troubles psychiatriques afin d'améliorer notre compréhension de la psychopathologie et contribuer à la pratique clinique. Bref, après quatre années dans un environnement stimulant où les échanges existent, je suis royalement déçu par la Pitié-Salpêtrière. J'ai cette impression qu'ils sont pris quelque part au milieu du 20e siècle, et que les choses ont figé dans le temps. Pour la recherche, il faut quasiment harceler les cliniciens qui se disent ouverts pour obtenir quoi que ce soit. Les échanges entre professionnels se font de manière hiérarchique, où les étudiants ne font qu'écouter sans oser glisser un seul mot de ce qu'ils pensent aux grands professeurs et médecins. Ainsi, j'ai juste hâte d'avoir fait mon temps (oui, je vois maintenant ça comme une peine à purger, et il me reste sept mois avant ma libération définitive, et 47 jours avant ma libération conditionnelle).

Je crois que l'élément qui m'a complètement abasourdi, c'était le commentaire d'un médecin lors d'une conférence d'un psychologue de la Clinique des troubles de l'humeur qui présentait la thérapie dialectique-comportementale pour les adolescents ayant un trouble de personnalité limite. Selon lui, il n'était pas possible, ou plutôt très difficile à implanter, d'instaurer cette thérapie à la Salpêtrière, car c'était trop basé sur l'efficacité!

Parlons-en de l'efficacité, terme dont l'administration française semble y être allergique! Tout prend un temps fou, et on se dit qu'ils décortiquent le dossier en profondeur et qu'ils veulent faire un bon travail. Faux! À voir les commentaires ou recommandations, on se dit qu'ils ont sûrement lu les documents en diagonale. Et je ne parle même pas de l'histoire de ma carte de séjour (et je suis rendu à avoir le fantasme de ne pas l'avoir finalement et me faire rapatrier au Québec)...

Un historien avait déjà dit que la France était vouée à disparaître de l'histoire mondiale au 21e siècle comme état influent. En tout cas, si la France continue à se flatter en regardant les gloires du passé sans avoir une vision de l'avenir, ça risque fort d'arriver. L'état de la recherche en santé mentale est plutôt désolant... surtout que les étudiants ont un accès très limité aux articles scientifiques ou ne comprennent pas l'anglais (et on s'entend, les textes scientifiques, ce n'est pas de la grande littérature avec des figures de style très recherchées)! Si la relève n'est même pas capable d'avoir les ressources, comment veulent-ils avancer?

Suite à plusieurs présentations de chercheurs québécois en santé mentale, le chef de service en pédopsychiatrie avait soulevé le fait qu'au Québec, nous ne branlons pas dans le manche. Nous voyons une problématique, nous élaborons une hypothèse de recherche et nous nous mettons à l'action. Il dit que, malheureusement, la France est encore à l'étape de "on va en discuter". La discussion est un élément essentiel pour faire bouger les choses, mais ce n'est pas la seule étape. Il ne faut pas se le cacher, les Français sont de grands et bons orateurs... mais à quoi ça sert de parler et discuter si aucune solution n'est appliquée ou mise en pratique?

Ainsi, se conclut mon texte chargé de frustrations. Il fallait que je mette le tout en mots. Et aussi, depuis le temps que les gens me demandent ce que je pense des études en France, voici donc ma réponse franche et honnête. Je souligne que ceci ne reflète que ma pensée personnelle, et que si vous n'êtes pas d'accord, prouvez-moi le contraire.

Bon, je vous laisse, je m'en vais faire mes bagages pour l'Allemagne, pays où je n'ai pas à contenir et à réguler mes émotions (dont la colère) sur une base horaire face à autant de passivité.

mercredi 1 juillet 2009

La St-Jean à Paris

Pour fêter la St-Jean cette année à Paris, je suis allé à la Délégation générale du Québec située près de la Porte Dauphine. Contrairement à Québec ou à Montréal, l'événement est beaucoup moins visible et intense à Paris. Pour la plupart des Français, la St-Jean est une fête catholique qui n'a pas réellement de signification quelconque.

Les festivités consistaient à un spectacle de Madame Moustache, groupe québécois qui font du countr(i). Lors de la première partie du concert, ils jouaient principalement les chansons de leur répertoire. La deuxième partie était des reprises de chansons québécoises qu'on entend à toutes les St-Jean (Charlebois, Vigneault, Plume Latraverse, les Colocs, etc). Le public était assez réceptif envers un groupe dont le style musical ne plait pas à la plupart des gens. En fait, la moyenne d'âge devait se situer entre 30 et 40 ans. Donc, pas de jeunes de 18-20 complètement saoûls qui font les cons (comme on peut voir à la pelletée sur les plaines à Québec).

Parlant de bière, les bières Unibroue étaient à 4 euros, ce qui est peu cher pour les prix de Paris. Donc, j'ai pu avoir un peu du Québec en bouche avec la Raftman, la Fin du Monde, l'Eau Bénite et la Maudite.

En compagnie d'autres couchsurfers (dont une seule Québécoise), nous sommes partis à la recherche d'une poutine, et la seule connue à Paris est au Moose, bar canadien tenu par des Australiens dont les serveurs sont États-Uniens. Une poutine dont la sauce goûte la poudre et le brûlé, et le fromage était râpé (je crois que c'était de l'emmental). Quinze euros pour une poutine et une Fin du Monde, il fallait que ce soit la St-Jean pour que je fasse une telle dépense.

La soirée s'est terminée vers les 3 heures du matin, en face du Panthéon (où est enterré Victor Hugo et autres grands noms de la France), avec un débat assez passionné sur le Québec et le rôle de la France dans tout ça. J'ai pu entendre des commentaires tels que le Québec doit son existence, encore aujourd'hui, à la France, et que sans elle, le Québec ne possède absolument rien pour survivre. Sans oublier TOUT le soutien que la France a donné au Québec au cours des quatre derniers siècles (petit rappel: la France a quand même laissé, voire abandonné, le Québec aux mains des Anglais). Bref, les Français présents cette soirée-là nous trouvaient plutôt ingrats...

Une discussion politique le jour de la St-Jean avec un Québécois, c'est toujours un "à tes risques et périls"... je crois que les Français sont masochistes.

Voici quelques photos (les plus belles sont prises par Valérie Luquette, une Montréalaise):